Dimanche 30 juillet 2000
Cinq questions à... Bernard Lavilliers
par Marc Cassivi
Bernard Lavilliers, dit-on, a frayé avec les serpents en Amazonie,
les soldats en Bosnie et les femmes, de tous horizons. Surtout,
cet aventurier égotiste de 54 ans a exploré la chanson française,
sous toutes ses coutures. Une liaison forte de 30 ans de caresses,
destinées à un public enivré d'ambiances créées par ce chanteur
musclé, mythomane macho pour certains, légende vivante pour bien
d'autres. Ce soir, au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts,
l'homme de Sertao et de San Salvador nous promet les classiques
d'un répertoire touffu, rassemblé récemment sur Histoires, un disque
double de 33 chansons comme un album souvenir témoin de sa carrière.
Monsieur Lavilliers s'est plié volontiers à nos questions sans prétention.
Bernard Lavilliers, pourquoi chantez-vous?
"Si j'étais Blaise Cendrars, je vous dirais Parce que... C'est
ce que Cendrars a répondu lorsqu'on lui a demandé pourquoi il écrivait.
Ça fait partie vraiment de ma biologie. Je ne peux pas vous expliquer,
c'est mystérieux."
Si vous étiez une chanteuse, qui seriez-vous?
"C'est une question que je me suis posée souvent... Je pense
que si j'avais été une chanteuse, j'aurais été Barbara. J'adorais
les chansons de Barbara. Elle pouvait chanter les mêmes pendant
20 ans, ce qu'elle a fait d'ailleurs. J'étais à tous les spectacles
parce que je lui trouvais une dimension, une élégance, un mystère
et à la fois un côté extrêmement anarchiste. En plus, elle chantait
des thèmes de femme qu'aucune femme avant elle n'avait chantés."
Quels sont les trois disques que vous apporteriez sur une île déserte?
"J'emporterais Les Gymnopédies d'Érik Satie, l'Ascenseur pour
l'échafaud de Miles Davis et l'album des Doors où il y a Riders
On The Storm (n.d.l.r. L.A. Woman). Évidemment, si on y passait
une heure, ça pourrait changer, mais spontanément, voilà."
Votre plus grand fantasme?
(Rires) "Vous savez que ça évolue avec le temps ça! J'en ai
comme tous les artistes, comme tous les hommes. Je crois que je
les ai réalisés pratiquement tous. Le plus grand fantasme pour moi,
c'est de rencontrer une femme extraordinaire une nuit, de passer
la nuit avec elle et de disparaître le lendemain."
Lisez-vous la critique? Est-ce qu'elle vous affecte?
"Je lis la critique et je la respecte, même si, évidemment,
c'est pas trop agréable de se faire tailler un costard. Mais j'estime
qu'ils font leur boulot et qu'on a besoin des critiques comme les
critiques ont besoin de nous. On est dans le même bateau. À partir
du moment où un critique se déplace pour voir mon spectacle, il
a le droit d'écrire ce qu'il en pense. Et en plus il me fait quand
même "l'honneur" de venir au spectacle, donc de parler
de moi."