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Note de la Fnac: Quatre ans après
« Clair-obscur », Bernard Lavilliers, à 55 ans, sort
son quatorzième album studio, « Arrêt sur image ». Des
titres pour la plupart testés et écrits en tournée qui
forment un opus résolument plus tendre qu'à l'accoutumée,
empreint de nostalgie et de mélancolie. Musicalement,
Bernard Lavilliers fait toujours appel à la sono mondiale
: accents du Brésil (Saudade), du Cap Vert et d'îles
(L'Or des fous), atmosphères rock (L'Empire du milieu)
et reggae.
Autour de lui, on retrouve une nouvelle fois Georges
Baux ainsi qu’un nouveau venu, Jean-Pierre Mader. Les
thèmes abordés ne surprendront personne : il est question
de la douceur des femmes (Iracema, le superbe piano/voix
Solidaritude), la condition ouvrière (Les Mains d'or),
la société (Délinquance), les voyages imaginaires et
réels (Octobre à New York). Signalons également une
reprise des Feuilles mortes façon salsa. Un pari difficile
mais superbement réussi, avec des cuivres calés sur
mesure.
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Vu sur MCM.NET: Ingrédients:
entre naïveté déconvenue, saudade,
femmes volages et fatales, amour, sexe et mort, Léo
Ferré, qui de son vivant partageait la même
famille d’artistes, semble frayer son chemin pour hanter
le boxeur calmé. Les sessions sont toujours reggae,
dub et créoles, bossa, mais les valises et le
voyage délestés de rage. (Acmé)
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Vu sur Libération: La vie
est plus belle quand on l'invente. Depuis trente-trois
ans, Bernard Lavilliers chante, au fil de ses voyages,
ses légendes tout en muscles, histoires de chercheurs
d'or, de gangsters et de trafiquants solitaires. Des
quatre coins du monde, l'amateur de Blaise Cendrars
s'imprègne des rythmes locaux, cubains, brésiliens,
caribéens ou jamaïquains - genre qui lui
valut, en 1994, son dernier tube, Melody Tempo Harmony.
Dans son seizième album, mêlant ces styles
(dont une reprise salsa des Feuilles mortes) agrémentés
de R'n'B et de mixtures électroniques incongrues,
le baroudeur stéphanois loue aussi la musique
cap-verdienne et sa déesse aux pieds nus, Cesaria
Evora. Des mélodies soyeuses habillent une voix
certes limitée, mais dont la fonction est avant
tout narrative. A 55 ans, Bernard Lavilliers se repose
sur une écriture suffisamment rodée pour
supporter ces parfums d'aventure, d'amour et de mort
maintes fois mêlés depuis les années
80, mais où l'urgence de dire était d'une
meilleure inspiration. Par Ludovic PERRIN
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Vu sur FIP: Dans chaque album
de Bernard Lavilliers, on retrouve le même cocktail
détonnant, ancré dans les origines ouvrières
et le parcours du chanteur : révolte et humanisme
mis en mélodie dans un style inimitable. "Arrêt
sur image", son nouvel album vient apporter une
pierre supplémentaire au combat toujours d'actualité
du chanteur
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Vu sur "Le Web de l'Humanité"
Bernard Lavilliers en instantané
Musique. Le chanteur stéphanois est amateur de
voyages au long cours. Il aime partir pour trouver l'inspiration
et faire le point avec lui-même.
Après Clair-obscur, Bernard Lavilliers
revient avec Arrêt sur image, un album aux chaudes
sonorités latines que le chanteur globe-trotter
a tenu à commenter pour l'Humanité hebdo.
Rencontre.
Il a été
l'un des premiers à mettre de la salsa dans ses
chansons, bien avant que cela soit à la mode.
Le Gringo globe-trotter revient avec Arrêt sur
image, nouvel album où il pose la question de
son parcours : " Qui peut savoir où le destin
entraîne ", chante-t-il dans l'Or des fous.
· mi-chemin entre aventurier et journaliste,
Bernard Lavilliers est un nomade qui a besoin d'aller
voir ailleurs pour ne pas devenir sec, et accessoirement
faire le tour de ses doutes. Il a beau dire " je
voudrais travailler encore/ Forger l'acier rouge "
(les Mains d'or), c'est un Lavilliers tendre et définitivement
bossa qui laisse parler son cour. Voix chaude en avant,
le chanteur évolue entre rythmes du Nordeste
du Brésil, accordéon du Cap-Vert, violon
tzigane, tempo reggae et slow crooner. C'est du Lavilliers
pur jus, lequel, à cinquante-cinq ans, semble
avoir abandonné une bonne fois pour toutes son
armure de faux dur body-buildé. Arrêt sur
image est l'ouvre d'un homme apaisé et serein.
Un sentiment d'autant plus ressenti que celui qui n'a
jamais cessé de rêver la femme, a trouvé
la compagne " idéale " ! Il le dit,
l'écrit surtout : " Je ne voulais plus aimer
personne/ Mais quand je t'ai vue, j'ai su que la chance
revenait " (Solidaritude). Pour parler de la genèse
du seizième disque de sa carrière, il
nous a donné rendez-vous à son nouveau
QG, le Mécano Bar, un ancien atelier de mécanique
générale du 11e arrondissement transformé
en bistrot. L'occasion de faire le tour de son album
en douze questions, qui toutes portent le titre de ses
nouvelles chansons. Explication de texte par le salsero
en personne.
- L'Or des fous : " Nul ne sait où le
destin entraîne ".
Ce nom a pour origine un minerai, la pyrite de fer,
qui ressemble étonnamment à de l'or. Un
vieux Brésilien m'a expliqué qu'il y avait
eu d'énormes batailles rangées entre chercheurs
d'or à cause de ça.
L'Or des fous, c'est une chanson sur le destin, la trajectoire
plus que sur le but. J'ai des objectifs régulièrement
avec des dates limites (finir un album, faire un spectacle,
etc.), je suis obligé de cadrer, mais je me laisse
de grandes parenthèses de liberté. Quand
j'écris " Qui peut savoir où le destin
entraîne ", je me trouve dans la Caraïbe,
où j'ai rencontré la femme dont je parle
alors que j'aurai déjà dû être
reparti. Si j'avais respecté mes délais,
on se serait ratés. Apollinaire a dit : "
Je connais des gens de toutes sortes qui n'égalent
pas leur destin ", ou encore " leurs yeux
sont des feux mal éteints ", ce sont de
belles images. La chanson est écrite à
Fortaleza, où la nuit tombe très vite
et dans cette tournerie de valse folle arrive cette
femme. Tu peux aller voir les vieilles cartomanciennes
de Venise, elles te diront des choses, mais aussi que
c'est à toi d'assumer ton destin. C'est à
toi de prouver que tu es capable. Un peu comme Corto
Maltese (NDLR:personnage créé par Hugo
Pratt) qui n'avait pas de ligne de vie et qui s'en
fait une lui-même.
- Iracema : la Patronne de Fortaleza
C'est une Indienne Guarani - la patronne de Fortaleza
- qui s'est mariée avec un marin portugais. Elle
est symbolisée par une statue en bronze où
cette Indienne tend un arc vers l'Atlantique, vers le
large.
Avec cette chanson, on est dans un rêve éveillé,
dans un endroit fait de pluies de mars avec cette liane
parmi d'autres. Musicalement, elle est plus californienne
que brésilienne. J'utilise vraiment ma voix ici
comme un crooner. C'est rare que j'y aille à
fond dans ce domaine.
- Les Mains d'Or : Acier rouge et laminoirs
J'étais à Toulouse quand j'ai écrit
ce texte, dans ma chambre d'hôtel. · la
télévision, je voyais des usines qui fermaient
et des salariés qui disaient : " On veut
travailler, c'est tout ce qu'on demande. " Il faudrait
qu'on nous explique pourquoi, d'un côté,
il y a des bénéfices énormes et,
de l'autre, des fermetures d'usines. Là, on ne
comprend pas. Derrière cette colère des
gens, il y avait de l'abattement, comme s'ils étaient
sonnés. Grâce au destin, mon père,
qui a travaillé toute sa vie à la manufacture
d'armes de Saint-Etienne, a échappé à
ça. Il n'a pas été viré
ni mis en préretraite. Maintenant, tout est décidé
par des conseils d'administration d'entreprises qui
passent leur temps à fusionner. Ce sont les fameux
licenciements boursiers. Faire de l'argent avec de l'argent,
ça donne ça. Le tout accompagné
d'un grand mépris. Les Mains d'or parlent de
la dignité de l'homme. C'est une sorte d'hymne
au travail manuel en même temps qu'un chant de
revendications, comme dirait Léo (Ferré).
Dans ce même reportage télé, quelqu'un
dit : " Maintenant, je ne sers plus à rien.
" Ça signifie que le mec n'a plus le droit
d'exister. C'est terrible comme remise en question.
J'ai voulu insister sur cet aspect-là. On le
voit avec LU, Marks & Spencer, AOM-Air Liberté...
c'est la loi de la finance qui passe avant les hommes.
Alors que des gens ont passé vingt-cinq ans dans
un travail précis, on leur demande de se recycler
dans l'informatique. On cherche à déplacer
des populations entières. Il y a côté
guerre civile. Il est évident que ça va
poser de gros problèmes à nos social-démocraties,
ces gauches du centre.
Solidaritude : Seul au monde.
Dans ce titre il y a solidarité et solitude parce
que pour écrire j'ai besoin d'être seul.
Je suis un loup solitaire qui coure après sa
louve.
Fleur pourpre : un titre baudelairien (" supprimer
cette innocence qui arrive avec le jour ")
Comme j'ai trouvé la femme idéale depuis
trois ans, je suis hors mode. J'ai d'autant plus ce
sentiment que, dans la nouvelle littéraire, tout
le monde partouze (la Vie sexuelle de Catherine M.).
Ça me fait penser aux années soixante,
ce n'est pas nouveau. Les boîtes d'échangistes,
etc., pour moi, il y a un côté has been,
genre on se libère. Le quotidien, si on en fait
quelque chose de crapoteux, évidemment que ça
tue, si on se relâche, s'il n'y pas d'élégance,
d'exigence dans le rapport amoureux. Le quotidien, quand
on aime vraiment quelqu'un, au contraire de tuer, ça
renforce. Dans cet album, il y a quelqu'un de présent
en permanence, à qui je faisais entendre mes
chansons dès que je les avais écrites...
et nous, on s'arrangera toujours pour que jamais le
quotidien nous bouffe. Place à la vraie passion
! Celle qui te brûle. Quand tu es passionné
par quelqu'un, tu n'as plus du tout envie d'aller faire
le papillon qui va se (re)motiver sexuellement. Il y
a un côté post-adolescent dans cette nouvelle
littérature, que l'on aime définir comme
de l'auto-fiction. Je ne sais pas si ces auteurs ont
lu Henry Miller, lui est allé loin (Huit Jours
à Clichy). Dans l'écriture, il y a un
souffle différent. Aujourd'hui, on dirait qu'auteurs
et éditeurs ont trouvé une veine formidable
pour prendre de l'oseille. Je ne suis pas pour la censure,
mais, là, ça me laisse rêveur.
- Délinquance : " Ecrire sur les
blocs qui longent les périphériques une
histoire d'amour qui débloque. "
Je me suis inspiré, pour l'écriture, de
Fernand Léger. On est dans un domaine de blocs.
Les barres des cités ont toujours été
des Lego. Je suis né dans une cité : la
délinquance, je connais. C'est un peu comme un
serpent qui tourne autour des gamins. Il suffit d'un
rien pour tomber. Ce que je veux dire, c'est que ce
n'est pas du tout sûr que le môme de dix,
douze ans il la trouve laide sa cité, même
s'il n'a pas le choix de vivre ailleurs et qu'il l'a
dégrade. En même temps, dans sa banlieue,
il y a sûrement des poètes, des musiciens,
des artistes, un art nouveau qui vient de là.
- Octobre à New York : le moteur des buildings
C'est la première fois que j'utilise ce genre
de musique (le R&B). On est branché club,
avec un son actuel. J'avais envie d'avoir des chours
new-yorkais en même temps qu'un côté
aérien. Je parle d'un personnage à Time
Square. J'ai écrit cette chanson sous la pression,
étant donné qu'on entrait dans le studio
deux jours après. Certains m'ont mis en garde
sur le feeling R&B, comme si je ne pouvais pas toucher
à ce style. New York m'évoque ces ambiances.
Je décris mon environnement. On est en octobre,
avec le Time Square en face et toutes ses publicités
sur Broadway, pas loin, il y a le Copacabana, une boîte
de salsa portoricaine où je me rends souvent
pour écouter des orchestres. New York a ce moteur
en permanence. C'est une ville qui me parle.
- Saudade : le parfum subtil de la nostalgie.
- On ne peut pas traduire Saudade en Français.
Ça n'a rien à voir avec la mélancolie.
C'est quelque chose qui vient du fond de l'âme,
ça rend bluesy sans être du blues. Ce n'est
pas du désespoir, en même temps c'est de
cette famille-là. C'est une mélodie dont
on n'a plus les accords. Pour moi, la saudade, c'est
la présence de l'absence d'un être, d'une
chanson, d'un paysage. C'est de l'hyperémotivité
qui fait qu'on peut écrire des choses très
fortes.
- L'Empire du milieu : un monde fini
Ça renvoie au monde des bandits. Auguste le Breton,
Poupon le Stéphanois, Beau Torse, le Nantais...
des mecs de la génération de mon oncle,
d'avant-guerre et de la guerre, des truands qui avaient
80-85 ans. On est dans un film de Melleville plus qu'Audiard
qui proposait une caricature du milieu. C'est une chanson
qui ferme le ban d'une époque disparue. Aujourd'hui,
tout est fric, corruption. Il n'y a plus de panache.
- Les Tricheurs : " Le reflet de l'argent égalise
leurs traits ".
C'est une autre race encore. Ce sont les gens de la
génération des traders, les golden boys,
qui veulent être milliardaires avant quarante
ans. C'est le profit immédiat. Ils vivent dans
un mépris et sont suractivés sans savoir
ce qu'ils sont. L'important, c'est " combien tu
vaux ". On dit que les années quatre-vingt
sont celles du fric, mais depuis l'an 2000 ça
bat tous les records. Quand je dis " leur femme
est quelque part derrière le Stock Exchange ",
c'est méchant, mais pourtant c'est ça.
Il y a une espèce d'unité du sacrifice
par rapport à l'argent. Ils sacrifient leur jeunesse
et leur vie pour avoir des thunes. C'est une sorte de
despotisme de ceux qui pensent avoir tout compris.
- La dernière femme : cette blessure.
C'est une douleur prés du cour, une blessure
élégante ancrée chez certaines
personnes qui se reconnaissent à partir de ça.
Dans cette chanson, je mets la barre haut au niveau
de la passion. Elle arrive en fin d'album. Un album
que je dédie à cette femme. C'est mon
Elsa. Aragon et elle formaient un couple beaucoup plus
compliqué que certains auteurs d'aujourd'hui,
qui essaient vainement de nous choquer. Je me souviens
avoir chanté devant eux au restaurant. Il se
dégageait d'elle une force incroyable. Je les
ai connus alors qu'ils avaient un certain âge.
Elle avait dû être d'une beauté extraordinaire.
La Dernière Femme est peut-être celle de
sa vie, celle qu'on cherchait avant. C'est ma moitié
d'ombre et de mystère. C'est très aragonesque
comme chanson.
- Les Feuilles Mortes : hommage à Prévert
C'est la première fois que je reprends cette
chanson. Je l'ai voulue sur un mode latino. ·
l'écoute, je trouve que ça passe bien.
Ça l'a dépoussière un peu et peut-être
pourra-t-elle être diffusée en radio. C'est
une des chansons françaises les plus connues
et on ne l'entend jamais !
Propos
recueillis par Victor Hache
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